pneumologue cigarette

Fer de lance de la lutte contre le tabagisme, Bertrand Dautzenberg en est venu à plaider pour l'e-cigarette dans son dernier livre.Le Monde | • Mis à jour le | Par Pascale Santi Encore appelée vapoteuse, ou e-cigarette, la cigarette électronique « bouleverse complètement la donne de la guerre au tabac », explique-t-il dans un livre, L'e-Cigarette pour en finir avec le tabac ?, sorti le 26 février (Ixelles éditions, 222 pages, 9,90 euros).Inventée par un pharmacien chinois, Hon Lik, la cigarette électronique est apparue en France en 2010 et connaît depuis un fort engouement.Entre 8 et 9 millions de Français (18 %) ont déjà vapoté, et 1,1 à 1,9 million sont des utilisateurs réguliers, selon l'enquête Etincel, réalisée par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT).Conséquence, les ventes de tabac ont reculé de 6,2 % en 2013, estime l'OFDT.notre portrait : Hon Lik, le père inconnu des vapoteurs Une baisse que le professeur Bertrand Dautzenberg voudrait voir se poursuivre.
« On va y arriver, la fin du tabac va exister dans les décennies à venir dans le monde », espère ce pneumologue de 66 ans, qui se bat depuis quarante ans contre le tabac.Il concède avoir commencé à plancher sur le sujet de l'e-cigarette en 2012, en présidant un rapport d'experts pour l'OFT.Il reconnaît aussi avoir changé d'avis.« J'ai changé, mais c'est aussi le produit qui a changé, il marche bien depuis 2012 », précise-t-il.Certes, c'est « un produit toxique et addictif », mais « 100 à 1 000 fois moins dangereux que le tabac ».Lire notre post de blog : La cigarette électronique plus écolo que le tabac « Oui, il a changé, il avait une position très négative sur l'e-cigarette, mais il a vu que c'était efficace dans le sevrage tabagique, que ce milieu n'était pas infesté par l'univers du tabac… Aujourd'hui, on se voit régulièrement », indique Brice Lepoutre, président de l'Association indépendante des utilisateurs de la cigarette électronique (Aiduce).
Le livre du professeur Dautzenberg « vise à aider les fumeurs à goûter au plaisir de vapoter, au plaisir de s'éloigner de la tueuse qu'est la cigarette ».Tel est son but : éradiquer le tabac, une « arme de destruction massive », responsable de 100 millions de morts au XXe siècle, de 73 000 morts par an en France.e cigarette b2c« LE CARABIN DE SERVICE » « Bertrand Dautzenberg a fait cette bascule incroyable, de la compréhension de la clinique individuelle à la santé publique, ce qui n'est pas un parcours facile pour un clinicien », explique le docteur François Bourdillon, responsable du pôle santé publique, évaluation et produits de santé du groupe hospitalier universitaire Pitié-Salpêtrière Charles-Foix.gamucci e cigarette« Depuis quelques années, c'est devenu mon principal combat », écrit Bertrand Dautzenberg dans son livre La République enfumée.e cigarette equinoxe
Les lobbies du tabac sous Chirac et Sarkozy : du meilleur au pire (éd.« Je me suis alors aperçu que pour un pneumologue il était plus efficace de prévenir des méfaits du tabagisme que de traiter les cancers du poumon », poursuit le médecin qui a participé à la création de l'association Paris sans tabac, en 1991, puis à celle de l'OFT à la fin des années 1990.e-cigarette mystic boxEn début de carrière, « non seulement je fumais, raconte-t-il, mais j'étais chargé d'acheter, en tant qu'économe, des cigares pour les internes.e cigarette ocean city njJ'étais le carabin de service et, comme mes condisciples, je fumais allègrement ».e cigarette mississaugaPLAN CANCER DE JACQUES CHIRAC Il était le seul de sa grande famille, cinq frères et cinq soeurs, à être adepte de la cigarette.
Aucun de ses cinq enfants n'a jamais fumé non plus.Dans la bibliothèque de médecine qu'il fréquentait pendant ses études flottait en permanence un épais nuage de fumée, se souvient-il.Cela ne choquait personne.Dans cette époque post-soixante-huitarde, le tabac était omniprésent.Ce n'est que dix ans plus tard que Bertrand Dautzenberg arrête de fumer.Lorsqu'il arrive dans le service de pneumologie de La Pitié-Salpêtrière, en 1972, où son patron, le professeur Christian Sors, se soucie déjà du tabagisme et de ses méfaits sur la santé.Lire nos témoignages : 5 raisons de passer du tabac à la cigarette électronique Bertrand Dautzenberg ne cesse de vitupérer contre l'industrie du tabac.Il salue souvent le plan Cancer de Jacques Chirac qui a déclaré la guerre au tabac et dénonce celui « calamiteux » de Nicolas Sarkozy.Son discours est rodé.Les médias le sollicitent : la veille du troisième plan Cancer, annoncé par François Hollande le 4 février, il est sur les ondes d'Europe 1 le matin, invité du « Grand Journal » de Canal+ le soir, le lendemain sur France Info, BFM TV, etc. Sentant que la lutte contre le tabac était un temps menacée, il n'a pas hésité à mettre la pression, en publiant le 18 janvier un communiqué cinglant au nom de l'OFT : « Si l'Elysée refuse les mesures de lutte contre le tabac dans le troisième plan Cancer, la présidence donnera un signal fort de son soutien aux multinationales du tabac !
» >>Lire aussi (édition abonnés) : tabac : bataille de lobbys autour d’une directive européenne Il se dit plutôt satisfait par les annonces du dernier plan, qui s'est fixé de réduire d'un tiers le nombre de fumeurs d'ici à 2019.Il s'est aussi battu auprès des autorités européennes pour la directive encadrant la cigarette électronique, votée le 26 février.« Je me fiche de passer par la porte, par la fenêtre », affirme ce médecin que certains trouvent extrémiste.Une question l'agace : celle des conflits d'intérêts.Lors d'une émission de radio, il s'est vu attaqué sur ses rapports avec les labos pharmaceutiques qui vendent des produits de sevrage tabagique.« Tous mes liens sont publics, je ne touche pas d'argent, je ne roule pour personne », se défend-il.aussi : L’e-cigarette semble moins nocive que le tabac, mais des inconnues subsistentDangereuse, pas dangereuse ?Présentée comme une alternative au tabac (responsable de 5 millions de décès par an dans le monde), voire un espoir pour les candidats au sevrage, l’e-cigarette séduit : 1,5 million de Français vapoteraient quotidiennement.
Mais depuis deux ans, des études ont suggéré que la cigarette électronique n’était pas inoffensive.Produits cancérigènes, risques d’intoxication ou d’explosion, incitation des jeunes au tabagisme, les alertes se sont multipliées.Le 24 février, le Haut Conseil de la santé publique a reconnu que l’e-cigarette peut être considérée comme un « outil d’aide au sevrage et de réduction du tabagisme ».L’institution a ainsi suivi l’appel lancé en octobre dernier par 120 professionnels (pneumologues, tabacologues, cancérologues…) en faveur de l’e-cigarette.En attendant une enquête française, cette mobilisation s’appuie sur une étude britannique de l’agence Public Health England, qui jugeait, en août 2015, le vapotage 95 % moins nocif que le tabac.« Il existe désormais assez de données pour dire que c’est beaucoup moins dangereux », soutient Jean-François Etter, professeur de santé publique à Genève.Pour le confirmer, nous avons comparé les risques connus.«Le vapotage n’altère ni le rythme cardiaque ni la pression artérielle" Dr Konstantinos Farsalinos, au congrès de la Société européenne de cardiologie, août 2012.»La première inquiétude sanitaire concernant les fumeurs est évidemment le cancer du poumon (30 000 cas par an en France).
Mais il ne faut pas oublier les maladies cardiovasculaires, très largement favorisées par le tabac : sur dix infarctus survenant avant 45 ans, huit seraient liés aux cigarettes !A tout âge, fumer régulièrement multiplie par trois en moyenne les risques d’attaques cardiaque ou cérébrale.Et plus l’on fume, plus les données sont effrayantes : à deux paquets de cigarettes par jour, on majore de 900 % la possibilité d’infarctus !Au total, un quart des décès dus au tabac surviennent à cause de maladies cardiovasculaires.Explication : lorsqu’on inspire la fumée d’une cigarette qui se consume, on inhale du monoxyde de carbone, une substance très toxique pour le cœur et les artères.Entre autres dégâts, elle provoque notamment, à chaque bouffée, une micro-asphyxie, ainsi qu’un spasme qui rétrécit le calibre des artères.D’où l’encrassement de ces dernières.La cigarette électronique, elle, fonctionne sans aucune combustion.Pour inhaler, il faut certes chauffer le liquide qui se transforme en vapeur d’eau au contact de l’air, mais cela se produit au moyen d’une résistance, c’est-à-dire sans combustion, et donc sans production de monoxyde de carbone.
Dès août 2012, le cardiologue grec Konstantinos Farsalinos présentait au congrès de la Société européenne de cardiologie les résultats d’une étude comparant l’effet des deux « rivales » sur le cœur : contrairement au tabac, la cigarette électronique n’entraîne aucune altération de l’oxygénation des tissus, n’accélère pas le rythme cardiaque et n’augmente pas la pression artérielle.D’autres études similaires ont depuis été réalisées en Europe et aux Etats-Unis, avec les mêmes résultats.Il est désormais admis que le « vapotage » ne modifie pratiquement pas la fonction cardiaque et le fonctionnement des artères.Elle n’a pas réussi à se débarrasser du tabac:«Je ne m’y suis pas habituée», Pierrette, la soixantaine, travaille pour la Ville de Paris."Jeconsomme un paquet et demi de cigarettes par jour depuis trente ans.En 2011, j’ai eu des problèmes dentaires, et mon dentiste m’a demandé d’arrêter de fumer.Grâce aux patchs à la nicotine, pendant deux ans, je n’ai pas touché une cigarette.
Mais j’ai pris 20 kg, et j’ai repris.En 2014, des amis m’ont conseillé l’e-cigarette.Mais j’avais du mal à bien mettre les liquides, à la recharger, je trouvais que l’embout était froid et la dose de nicotine ne me suffisait pas.Je ne m’y suis pas habituée.Je me suis remise à fumer, en roulant mes cigarettes.Peut-être devrais-je réessayer d’arrêter avec un médecin spécialisé ?"Il a arrêté de fumer grâce à l’e-cigarette: «Le vapotage a changé ma vie», Julien, 35 ans, chef de projet informatique."Jefumais depuis l’âge de 14-15 ans.Il y a cinq ans, j’ai décidé d’arrêter.Malgré ma volonté et les patchs, cela n’a pas marché.Il y a deux ans, un médecin m’a conseillé les patchs à la nicotine à une dose plus élevée et la cigarette électronique.Je consommais à l’époque un paquet et demi par jour.Aujourd’hui, je ne fume plus, mais je vapote tous les jours.La cigarette électronique a changé ma vie.L’arrêt du tabac a eu un effet incroyable: un mois après, je ne toussais plus, je n’étais plus essoufflé, j’ai retrouvé les odeurs, le goût.
On me dit même que j’ai bonne mine !"«90 % des jeunes qui essaient le vapotage sont déjà fumeurs» Etude du service de pneumologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 2015L’e-cigarette est-elle une première étape vers la cigarette ?A ce jour, les études internationales n’ont mis en évidence aucun risque de ce genre.Au contraire, une enquête publiée en mai 2015, menée à Paris par l’équipe du professeur Dautzenberg (lire page précédente), a donné des résultats rassurants.Elle a évalué la fréquence du vapotage chez 3 279 élèves âgés de 12 à 19 ans.Résultat : 17,9 % des répondants, soit 564 élèves, ont déjà utilisé l’e-cigarette (contre 9,8 % en 2012).L’expérimentation est surtout fréquente chez les plus de 15 ans, et encore plus chez les fumeurs réguliers (au moins 10 cigarettes par jour), les adeptes de la chicha et/ou du cannabis : plus de 90 % de ceux qui essayent sont déjà des fumeurs, contre moins de 10 % d’élèves pour qui le vapotage est le premier contact avec l’acte de fumer.
Ce taux d’expérimentation de l’e-cigarette chez les jeunes a certes augmenté, mais pas au point d’en faire la voie royale vers le « vrai » tabagisme.«Avec l’e-cigarette, il y a beaucoup moins d’atteintes à la trachée et aux bronches» Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue (Pitié-Salpêtrière, Paris)Vapoter peut-il induire des lésions des poumons ?Provoquer une bronchite chronique ?« Fumer altère durablement la muqueuse de l’arbre respiratoire, et le tabac est responsable de la majorité des cas d’insuffisance respiratoire, affirme le professeur Bertrand Dautzenberg (lire page précédente).Avec la cigarette électronique, il y a beaucoup moins d’atteintes à la trachée, aux bronches et aux alvéoles pulmonaires.» La cigarette est aussi responsable d’une maladie très handicapante, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).En France, plus de 3 millions de personnes souffrent de bronchite chronique et près de 17 000 malades en meurent chaque année.
Plus de 90 % d’entre eux sont des fumeurs ou ex-fumeurs.« Des enquêtes ont permis d’observer une réduction de la toux chez des ex-fumeurs souffrant de bronchite chronique et convertis à l’e-cigarette », affirme Jean-François Etter, professeur de santé publique à l’université de Genève (Suisse).Une autre étude, publiée en mai 2014, dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health s’est aussi penchée sur le sort d’asthmatiques passés à la cigarette électronique.La surveillance de leurs fonctions respiratoires, avant et après le passage à l’e-cigarette, montre une amélioration.«Le tabac contient infiniment plus de substances cancérigènes que l’e-cigarette» Pr Michel Aubier, pneumologue (Hôpital Bichat, Paris)Fin 2014, une étude japonaise avait fait la une des journaux en annonçant que des produits cancérigènes, en particulier du formaldéhyde, avaient été mis en évidence dans des e-cigarettes.Mais qui dit « présence de produits cancérigènes » ne dit pas forcément « risque de cancer ».
Le formaldéhyde – présent dans les meubles, les produits d’entretien, les particules... – ne serait en effet néfaste qu’à partir d’un certain seuil.« Il y a des produits cancérigènes partout, assure le professeur Michel Aubier.Le problème, c’est la quantité.Or le tabac contient infiniment plus de substances cancérigènes que la cigarette électronique.»Bien sûr, il vaut mieux ne rien fumer et ne pas vapoter.Mais à ce jour, les études de vigilance n’ont pas mis en évidence de risques significatifs avec la cigarette électronique.« Même si l’on manque de recul, il apparaît que l’e-cigarette contient cent fois moins de substances cancérigènes que le tabac », affirme le professeur Dautzenberg, pneumologue.« Il y a 10 milligrammes de goudrons dans la fumée d’une cigarette – c’est le principal cancérigène du tabac – contre zéro dans l’e-cigarette ; 1 mg de nitrosamines contre dix fois moins dans la cigarette électronique ; quant aux aldéhydes, leur taux est presque toujours plus élevé dans la fumée de cigarette que lors du vapotage ».